
L’hyperconnexion ne fonctionne pas, organisez la déconnexion !
Les mails qui partent même la nuit, la réactivité sans limite au service des clients, la porosité entre le temps privé et celui de l’entreprise... Et si l’hyperconnexion était une façon de travailler d’un autre temps, témoin d’une stratégie à courte vue ?
C’est l’analyse de Sofiane Coly, avocat expert en de droit du travail, pour qui un management soucieux à la fois du bien-être et de la performance est résolument favorable à la déconnexion.
A retrouver dans ce dossier :
Les risques de l’hyperconnexion
Constamment en alerte, un oeil sur son écran, l’autre sur ses notifications/ses mails, prêt à répondre dans la minute aux messages, même tardifs. Beaucoup de salariés et de dirigeants considèrent encore que ces comportements donnent un signal positif d’implication. À l’inverse, il n’est pas encore très facile de dire : « Je n’ai pas répondu au mail dans l’heure, je travaillais ». Un délai dans une réponse semble valable quand on est en réunion mais pas quand on a simplement besoin de se concentrer.
Pourtant, le caractère contre-productif de l’hyperconnexion est connu de longue date.
« Le phénomène s’est amplifié avec l’usage continu du téléphone, confirme Sophiane Coly, avocat expert en du droit du travail. Mais déjà en 2018, une étude menée par Rescue Time révélait que les 3 heures passées par jour sur son téléphone portable (pour moitié consacré aux applications de communication et aux réseaux sociaux) entraîne perte de productivité et réduction de la qualité du travail.» L’hyperconnexion nous distrait et nous fait perdre du temps, mais pire que cela, elle contribue à diminuer notre capacité de concentration. Et tout le monde y perd : le travail sur lequel on se concentre insuffisamment est de moindre qualité. Et c’est aussi une source de stress et d’épuisement professionnel.
Une résistance à combattre l’hyperconnexion
Perte en rentabilité, en créativité, en bien-être au travail : tout devrait nous pousser à combattre l’hyperconnexion. Pourtant, même si certaines sociétés ont pris les devants (avec des serveurs inaccessibles en dehors des heures de travail, par exemple) ces comportements sont encore très présents. Sofiane Coly l’explique par des raisons culturelles profondes et réel un avantage à court terme. « La pression de la concurrence dans certains secteurs d’activité, la crainte de perdre un client ou une opportunité commerciale si on tarde à répondre, les préoccupations financières sont des contextes qui poussent à l’hyperconnexion. Certains managers sont convaincus que le travail acharné et la disponibilité à tout moment pour les clients font partie de leurs atouts et ils l’encouragent. Parfois, c’est une culture d’entreprise plus qu’un choix conscient. Et il me semble que la génération la plus ancienne est parfois réticente à changer son style de travail. »
Comment sortir de l’hyperconnexion ?
La première bonne raison d’y réfléchir, c’est tout simplement que la loi demande aux entreprises de respecter un droit à la déconnexion. Depuis le 1er janvier 2017, dans les entreprises de plus de 50 personnes, l’employeur doit engager chaque année une négociation collective en vue de protéger les temps de repos et de congé des salariés.
Au-delà de cette obligation, Sofiane Coly conseille d’établir un dialogue dans tous les milieux de travail, pour éviter les malentendus et les conflits. La modernité est du côté de la déconnexion, de la séparation claire des temps de travail et de repos, parce que cela crée un environnement de travail plus sain et plus productif pour tous. Il faudrait, pour que le dialogue s’établisse, que la disponibilité attendue dans une entreprise soit clairement formulée par la direction. Et que les salariés, de leur côté, puissent exprimer leurs besoins de déconnexion.
La déconnexion, une nouvelle compétence professionnelle
Mieux que d’empêcher l’hyperconnexion, une voie intéressante serait aussi de valoriser la déconnexion comme une véritable compétence professionnelle. Car c’en est une ! Etre capable de partir sans être joignable pendant un weekend ou des congés, cela demande de l’organisation, de la maîtrise et de l’anticipation.
« Les dirigeants ont un grand rôle dans la valorisation de la déconnexion, et en premier lieu en donnant l’exemple : prendre des pauses régulières, ne pas envoyer des mails tardifs (ou aux aurores). Mais ils peuvent aussi offrir des formations sur la gestion du temps, la gestion du stress et la déconnexion, pour aider les employés à mieux gérer travail et repos. Des ateliers sur la méditation, le yoga, ou d’autres techniques de relaxation peuvent être utiles aussi pour signifier qu’il est légitime et sain de se détendre et se ressourcer pendant les pauses. »
C’est aussi aux dirigeants et aux managers d’établir des limites claires avec les clients et les partenaires commerciaux, en matière de disponibilité et de temps de réponse. Une façon d’éviter que les bonnes habitudes installées en interne ne soient pas ruinées par des sollicitations excessives de l’extérieur.
La déconnexion, une question de santé !
Hyperconnexion et santé au travail : ça ne va pas bien ensemble ! L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) l’affirme depuis 2015. Il apparaît que les risques liés à l’hyperconnexion ont augmenté avec la crise du Covid-19.
Trois problèmes principaux sont responsables des atteintes à la santé :
- Débordement du travail sur la vie privée
- Émergence dans le collectif d’une norme de connexion permanente
- Surcharge informationnelle
Pour ce dernier problème, un conseil simple et de bon sens : préciser mieux les sphères de responsabilité dans l’entreprise pour arrêter de mettre en copie d’un mail (par sécurité, habitude, déférence, etc.) quantité de personnes qui n’ont pas besoin.
La déconnexion : Interview de Sofiane Coly, Avocat
Comment organiser la déconnexion : le pense-bête des bonnes pratiques !

Sources :
Article écrit avec le cabinet Dairia Avocats et Sofiane COLY (Associé fondateur)
