
Aider un salarié à reprendre le travail après un AVC ou un traumatisme crânien
Le retour à l’emploi d’un salarié après un arrêt de travail lié à un accident vasculaire cérébral ou un traumatisme crânien n’est pas un épisode évident pour le collaborateur et l’entreprise. L’accident a-t-il affecté ses capacités professionnelles et relationnelles ? Les séquelles des lésions cérébrales acquises (LCA), très variables, sont souvent invisibles et méconnues, et peuvent entraîner un isolement des victimes. Alors comment accompagner un salarié dans cette reprise progressive au travail ?
L’association CLA(NA), le pôle ressources cérébrolésion acquise de Nouvelle Aquitaine, nous partage son expérience sur ce sujet.
- AVC, traumatismes crâniens : des séquelles invisibles et méconnues
- Comment savoir qu’un collaborateur souffre de séquelles de lésions cérébrales ?
- Retour à l’emploi après un AVC : dialogue et médecine du travail
- Bien accompagner son collaborateur après un AVC : conseils aux DRH et dirigeants
- Une question concernant le retour à l’emploi d’un collaborateur cérébrolésé ?
Pour les victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’un traumatisme crânien, il y a toujours et un avant et un après la période d’hospitalisation et de soin. Et le retour au travail est une étape complexe tant pour la personne souffrant d’une lésion cérébrale acquise (LCA), que pour ses collègues et ses employeurs. Les chefs d’entreprise ou DRH sont souvent démunis au moment du retour du salarié et les questions sont nombreuses. Comment adapter le poste ? Mon employé pourra-t-il poursuivre ses tâches comme avant ? Sera-t-il capable d’interagir avec son équipe ?
AVC, traumatismes crâniens : des séquelles invisibles et méconnues
En France, près d’un million de personnes vivent avec des séquelles d’une lésion cérébrale acquise (AVC, traumatisme crânien, tumeur au cerveau, encéphalite…). Mais leurs conséquences sont extrêmement variables selon les individus et la gravité de l’accident. Et seulement la moitié d’entre elles parviennent à retrouver une activité professionnelle.
« Les lésions cérébrales acquises laissent des séquelles plus ou moins graves. Mais elles sont très souvent invisibles. La personne est souvent la même physiquement mais son comportement change. Elle peut avoir des pertes de mémoire, des troubles de l’attention, être facilement irritable, plus lente, souvent fatiguée. Et il y a une grande méconnaissance de ce phénomène dans l’entourage personnel, professionnel, voire médical, des personnes cérébrolésées. Cette invisibilité et cette méconnaissance peuvent entrainer un isolement et un déclassement de la victime, dans sa vie personnelle et professionnelle », avertit le docteur Laurent Wiart, médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR) au CHU de Bordeaux et président de l’association CLA(NA).
Confrontés à ce constat de méconnaissance, des professionnels de santé ont fondé en 2021 ce pôle ressources cérébrolésion acquise de Nouvelle Aquitaine. Avec pour objectif de renseigner et d’orienter toutes les personnes concernées par les LCA : patients, médecins, famille, travailleurs sociaux mais aussi les écoles, services publics et entreprises en contact avec des personnes cérébrolésées.
Comment savoir qu’un collaborateur souffre de séquelles de lésions cérébrales ?
« Dans un cas sur deux, les employeurs ne savent pas qu’un salarié parti en arrêt maladie a fait un AVC ou un traumatisme crânien et qu’il en garde des séquelles », rappelle le docteur Laurent Wiart. « Car il peut s’agit de formes légères, avec un arrêt de 15 jours par exemple. Les employeurs sont au courant lorsque c’est une forme plus grave ayant nécessité un long arrêt de travail. Les séquelles sont parfois invisibles pour la victime elle-même, tant qu’elle n’a pas été confrontée au travail ».
En raison du secret médical, les employeurs ne sont pas toujours informés des pathologies dont peut souffrir un employé de retour à l’emploi après un arrêt. Et toutes les personnes cérébrolésées n’obtiennent pas ou ne demandent pas la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). Mais quelques signaux peuvent alerter le dirigeant : fatigue régulière du salarié, irritabilité, grande sensibilité au stress, au bruit, à la lumière…
« Il faut alors en discuter avec la médecine du travail qui joue un rôle primordial dans cette situation », souligne le président de CLANA.

Retour à l’emploi après un AVC : dialogue et médecine du travail
Depuis le 1er avril 2022, pour les arrêts de plus de 30 jours et inférieurs à 60 jours, un rendez-vous de liaison peut être mis en place entre le collaborateur et son entreprise avec la participation du Service de prévention et de santé au travail. Il permet d’échanger sur d’éventuelles aménagements de poste. Mais la visite médicale de reprise n’est pas obligatoire en cas de maladie ou d’accident non-professionnels. Un temps partiel thérapeutique peut être prescrit par le médecin traitant.
En cas d’arrêt de travail supérieur à 60 jours , une visite de reprise du travail doit avoir lieu à l’initiative de l’employeur devant la médecine du travail. Il s’agit d’examiner la compatibilité du poste avec l’état de santé, d’éventuels aménagements ou reclassement.
« Il est important que la personne cérébrolésée ait pu s’évaluer avec des professionnels avant son retour en entreprise pour prendre conscience de ses handicaps. Dans les grandes entreprises, il y a un médecin du travail, une commission handicap, pour organiser ce retour. Dans les PME, c’est un peu plus compliqué, mais il y a un contact plus direct entre l’employé, le dirigeant ou le référent RH. Nous recommandons toujours un dialogue entre la personne et sa DRH pour expliquer la situation afin d’être accompagnée au mieux dans la reprise », conseille Laurent Wiart.
Bien accompagner son collaborateur après un AVC : conseils aux DRH et dirigeants
Il n’existe pas de méthode miracle pour accompagner un salarié cérébrolésé dans sa reprise du travail. Le moment du retour est très sensible pour le salarié qui craint de ne pas être à la hauteur après avoir vécu un accident grave tout comme pour l’employeur et ses équipes.
- Privilégier un retour en temps partiel thérapeutique. « Les victimes d’accidents cérébraux ou de traumatismes se fatiguent plus vite que les autres. Il est rare qu’elles parviennent à faire une journée complète de travail », indique Isabelle Afaska, référente CLA(NA) en région Aquitaine.
- S’assurer que le salarié a pu évaluer ses capacités professionnelles avec des experts afin de prendre conscience de ses éventuelles difficultés. Il sera ensuite possible d’adapter son poste de travail et ses missions.
- Faire intervenir un ergonome pour adapter l’espace de travail mais aussi redistribuer les tâches au sein d’un service. « Quand la personne cérébrolésée ne parvient plus à faire les missions d’autrefois, l’équipe est déstabilisée. Il faut éviter que les collègues compensent son travail car ils vont s’épuiser. De plus, ils peuvent penser que le collègue cérébrolésé va progresser, se remettre à niveau. Mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut donc réorganiser le service. Dans une entreprise, une personne atteinte de LCA s’est vue confiée des tâches que les autres n’avaient plus le temps de faire. Ce salarié a rendu service à ses collègues, trouvé sa place dans l’équipe, même si ses missions n’étaient pas les mêmes qu’avant », témoigne Isabelle Afaska, référente CLANA en région Aquitaine.
- Faire part au collaborateur de ses difficultés. « Il ne faut pas lui laisser croire que tout se passe bien si ce n’est pas le cas et le lui expliquer avec bienveillance. La personne cérébrolésée peut comprendre les choses, s’ajuster dans son travail même si elle a besoin de temps ».
- Eviter tout changement dans les pratiques professionnelles sans accompagnement. « Les personnes cérébrolésées se réfugient dans des routines et des automatismes pour accomplir leurs missions. Un simple changement de logiciel après quelques mois de retour dans l’entreprise peut poser de gros problèmes. Le changement, le stress, l’imprévu sont des situations complexes. L’acquisition de nouveaux savoirs est quelque chose de difficile pour ces personnes », explique Laurent Wiart.
- Être bienveillant sur les changements d’attitude : « Un salarié cérébrolésé peut mener une tâche à bien le lundi et de ne pas arriver à faire la même chose le mardi, sans savoir vraiment pourquoi. Inutile de voir en cette personne un menteur ou un tireau-flanc », souligne Isabelle Afaska.
- En cas de difficultés, prendre contact avec l’Unité d'évaluation de réentrainement et d'orientation sociale et professionnelle (UEROS) de votre secteur. Ces structures aident les personnes dont le handicap résulte d’une lésion cérébrale acquise à développer leurs compétences pour un retour en milieu scolaire ou professionnel.
Une question concernant le retour à l’emploi d’un collaborateur cérébrolésé ?
- Contacter l’association CLA(NA) : 0 969 37 63 87 (du lundi au vendredi de 13 h à 17 h, appel non surtaxé) ou http://poleressourcesclana.fr
- Trouver un UEROS près de chez vous : Fédération des établissements de réadaptation professionnelle.
Article rédigé à partir d'une interview du Docteur Laurent Wiart, Médecin MPR, cabinet de rééducation multidisciplinaire des affections neurologique, Bordeaux Médecin coordonnateur UEROS, CHU de Bordeaux, et d'Isabelle Afaska, référente CLA(NA) en région Aquitaine.
