Optimiser les ressources en eau dans le potager

Published on May 15, 2024

L’eau est l’une des clés fondamentales de la fertilité des sols. En effet, la microflore et la microfaune du sol ont besoin d’une humidité suffisante et régulière pour vivre, tout comme la plupart des légumes que nous consommons. 
En effet, le terme « maraîchage » trouve son origine dans les marais : il désignait l’activité qui se pratiquait dans les jardins potagers en région parisienne, qui étaient généralement situés sur des marais, assurant une présence constante d’eau.
Intégrer la ressource en eau au cœur de nos réflexions devient crucial afin de développer des systèmes plus résilients et économes.


 

À lire dans cet article sur l’optimisation de la ressource en eau dans le potager

 

La disponibilité de la ressource en eau

La disponibilité de la ressource en eau est un enjeu crucial pour les cultures. Voici quatre points qui illustrent cette problématique :

  1. Variabilité des précipitations : rares sont les années où les précipitations d’avril à septembre sont suffisamment régulières pour satisfaire les besoins des plantes potagères.
  2. Évapotranspiration estivale : en été, l’évapotranspiration est maximale : elle correspond à la quantité d’eau qui s’évapore à la surface du sol et par la transpiration des plantes. L’arrosage consiste à compenser cette quantité d’eau perdue dans l’atmosphère. L’évapotranspiration varie fortement d’une région à l’autre, en fonction des conditions climatiques (vent, ensoleillement, humidité de l’air) et de la couverture du sol. Lors d’un été sec, les précipitations ne restituent au sol que 10 à 30 % de l’eau perdue par évaporation et la transpiration des plantes dans le meilleur des cas.
  3. Variabilité de la réserve utile en eau du sol : la réserve utile en eau d’un sol est la quantité d’eau que le sol peut absorber et restituer à la plante. Elle varie considérablement selon le type de sol : de ⅓ dans un sol sableux à ⅔ dans un sol argileux. Il arrive que la réserve d’eau du sol soit quasiment nulle, et ce alors que la plupart des cultures sont en pleine croissance. Par exemple, un pied de tomate en production exposé au soleil et au vent peut consommer jusqu’à 4 litres d’eau par jour.
  4. Réduction du recours à l’eau potable : compter sur l’eau potable pour arroser son jardin devient de plus en plus déraisonnable, tant sur le plan économique qu’écologiste. C'est pourquoi il devient essentiel de gérer cette précieuse ressource de la manière la plus efficace possible.

 

Des techniques agroécologiques pour économiser de l’eau

Il existe de nombreuses techniques agroécologiques pour stocker, préserver et donc économiser l’eau dans le potager :

  • Associer des plantes de différentes hauteurs, sur le modèle des strates de végétation dans la nature : en effet, associer des plantes hautes, des plantes moyennes et des plantes couvre-sol permet de maintenir une atmosphère générale plus fraîche. Il est également possible de placer des ombrières sur les zones de culture (parasols, cagettes retournées, pergolas, etc.) afin d’augmenter la fraîcheur autour des plantes.
  • Maintenir une bonne structure du sol permettant une meilleure rétention de l’eau : un sol structuré garantit un bon stockage de l’eau. Ainsi, amender le sol avec du compost ou des engrais verts permet d’améliorer les réserves en eau du sol.
  • Couvrir le sol pour préserver son humidité : il est essentiel de couvrir le sol pratiquement en permanence, sauf éventuellement à la fin de l’hiver pour lui permettre de se réchauffer plus rapidement. La couverture du sol peut se faire par différentes techniques : paillage, résidus végétaux mis en surface, plantes couvre-sol, cartons, bâches… 
  • Semer et planter les espèces végétales les plus appropriées pour résister à la sécheresse ou à la chaleur, en fonction de votre lieu de résidence.

N’oublions pas que la meilleure façon d’économiser l’eau est de la garder le plus possible dans le sol !

📺 Irriguer en utilisant quatre fois moins d’eau que son voisin

 


Quelle quantité d’eau pour un bon arrosage ?

On dit qu’un bon arrosage nécessite 10 L d’eau par m², soit un arrosoir entier. Il est parfois utile d’arroser même s’il a plu en petite quantité, car seules les précipitations de plus de 10 mm (soit 10 L d'eau par m2) sont réellement efficaces et permettent de réduire l’arrosage dans les jours qui suivent. Les orages peuvent apporter des précipitations excessives, ne laissant pas le temps au sol d’absorber suffisamment d’eau. De plus, les pluies trop faibles ne répondent pas aux besoins des plantes potagères, car l’eau s’évapore avant même d’atteindre les racines des plantes.

Mais la quantité d’eau retenue dépend aussi de la capacité du sol à la stocker : sur un sol sableux, il faudra arroser plus souvent mais en plus petite quantité, alors que sur un sol argileux, qui retient davantage l’eau, il faudra arroser moins souvent mais plus abondamment.
Il est conseillé d’avoir un pluviomètre à la maison, afin de pouvoir évaluer la quantité d’eau réellement tombée.

💡 Pour savoir si un sol a besoin d’être arrosée ou non, quelques observations simples peuvent être utiles :

  • Pas besoin d’arroser : terre humide et fraîche, un peu collante et de couleur noirâtre.
  • Besoin d’arroser : terre poussiéreuse, craquelée, plantes molles et flétries.

 

La priorité doit être donnée à l’arrosage du potager, la partie du jardin qui consomme le plus d’eau. Il est particulièrement important d’arroser les jeunes plants qui viennent d’être plantés ou les semis qui commencent à lever (les 2 à 3 premiers centimètres de terre doivent être humides). Une fois les plants bien établis, l’arrosage doit être plus conséquent et plus espacé dans le temps (tous les 4 à 6 jours). Notez que les légumes en phase de croissance et de fructification absorbent entre 5 et 6 litres d’eau par m² et par jour par temps chaud !

Arrosage dans la serre des jeunes plants

Quel est le meilleur moment pour arroser ?

Il est important d’anticiper les besoins en eau d’une plante. Pour cela, il suffit de mettre les mains dans les premiers centimètres de terre sous le paillage pour vérifier si la terre est humide ou non. La pratique et l’expérience seront également de bons indicateurs.
Il convient de ne pas arroser pendant les heures d’ensoleillement, car l’eau s’évapore aussi rapidement. Les meilleurs moments pour arroser sont donc le matin et le soir :

  • L’arrosage du matin diminue les risques de maladie, de gelées nocturnes et de limaces.
  • L’arrosage du soir réduit de moitié les pertes par évaporation et le sol et les plantes peuvent absorber l’eau en douceur.

La meilleure eau pour arroser s’avère être l’eau de pluie : contrairement à l’eau du réseau, l’eau de pluie n’est ni calcaire, ni chlorée, ni trop froide, qualités appréciées par les plantes du jardin. De plus, elle a l’immense avantage d’être gratuite !

Les différents systèmes d’arrosage

De nombreuses plantes potagères sont victimes de maladies cryptogamiques (maladie causée à une plante par un champignon ou un autre organisme filamenteux parasite), comme par exemple le mildiou, qui se développent à cause d’un excès d’humidité et d’un climat chaud. Ainsi, il est important de ne pas arroser les tiges et le feuillage, et de centrer l’arrosage au pied de la plante. Pour cela, retirez la pomme de l’arrosoir et visez le pied de la plante.

Idéalement, l’installation d’un système de goutte à goutte ou de tuyaux micro-suintants permet d’effectuer des belles économies d’eau, tout en satisfaisant les besoins en eau des plantes avec plus de précision. Les systèmes de goutte à goutte sont donc positionnés sous le paillage, en contact direct avec la terre.

      

Une autre technique consiste à utiliser des oyas : ce sont des poteries poreuses faites en terre cuite qui sont enterrées dans le sol et qui permettent à l’eau de s’écouler lentement dans le sol, à la demande des plantes. Cependant, les oyas ne couvrent qu’une petite surface du sol, c’est pourquoi il en faudra plusieurs. Cette deuxième technique s’avère intéressante principalement pour les petites surfaces, comme par exemple les jardinières, et peut s’utiliser en complément d’un autre système d’arrosage pour des surfaces de potager plus grandes.

L’eau est précieuse, ne l’oubliez pas !

 

Pour aller plus loin sur la gestion de l'eau au jardin 

- 10 pratiques essentielles au jardin agroécologique – L’arrosage : voir la vidéo Terre et Humanisme
- Formation « Optimiser la ressource en eau au jardin » impartie par les jardinier.ères-formateur.rices de Terre & Humanisme.
- Livre « J’économise l’eau au potager. Quand et comment arroser ? » de Blaise Leclerc, éditions Terre Vivante.
- Conférence « Comment semer la pluie ? » publiée par « Approche régénérative intégrée »