
đïž Â« Ne pas stigmatiser celles et ceux qui vivent des problĂšmes de santĂ© mentale, câest les aider Ă aller mieux. »
Published on November 19, 2025
Depuis toujours, les maladies psychiatriques font peur et peuvent provoquer un sentiment de honte chez les personnes atteintes et leur entourage. Cette perception nĂ©gative a des consĂ©quences sur l'estime de soi et l'accĂšs aux soins. Toujours prĂ©sente, la stigmatisation s'intensifie mĂȘme selon lâUnafam, une grande association autour de la maladie psychique. Aude Caria, psychologue de formation et directrice de Psycom-SantĂ© Mentale Info, note cependant « une prise de conscience » rĂ©cente. Elle estime que « la solidaritĂ© citoyenne et les politiques publiques ont un rĂŽle Ă jouer. »
â 69 % des personnes interrogĂ©es par l'Unafam en 2023 estimaient que les maladies psychiques Ă©taient vues de façon stigmatisante et anxiogĂšne dans les mĂ©dias, contre 60 % en 2022
â 69 % des aidants considĂšrent que les mĂ©dias Ă©voquent la maladie psychique de façon stigmatisante et anxiogĂšne
â 40 % des personnes atteintes dâune maladie psychique dĂ©clarent que leur entourage a rĂ©agi avec peur et prise de distance Ă lâannonce de la maladie de leur proche
Source BaromĂštre Unafam 2022
đïžLa stigmatisation de la santĂ© mentale est encore forte aujourdâhui. Pourquoi ?
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Aude Caria : MĂȘme si cela Ă©volue depuis quelque temps, le tabou autour de la santĂ© mentale reste prĂ©sent. Nous avons peur de la folie, et ça ne date pas dâhier. On partage tous et toutes un imaginaire autour de la psychiatrie et des troubles psychiatriques, qui mĂȘle violence et danger. |
đïžOn parle davantage de la santĂ© mentale aujourdâhui. Cela facilite-t-il lâaccĂšs aux soins et le soutien ?
A.C. Le fait que la santĂ© mentale ait Ă©tĂ© Grande cause nationale a mis davantage en lumiĂšre la thĂ©matique en banalisant le sujet. Tout le monde le comprend mieux. IndĂ©niablement, ça fait avancer les choses. MĂȘme si on a peu de recul, on voit que la sociĂ©tĂ© Ă©volue. Les jeunes dâaujourdâhui, par exemple, parlent beaucoup plus facilement de leur santĂ© mentale que les autres gĂ©nĂ©rations. Ils comprennent et identifient mieux les symptĂŽmes, arrivent Ă mettre des mots sur leurs Ă©motions beaucoup plus facilement que leurs aĂźnĂ©s, qui souvent peinent encore Ă expliquer et Ă parler.
đïžComment peut-on aider ceux qui ne vont pas bien ?
A.C. DĂ©jĂ , la premiĂšre chose, câest de ne pas avoir peur dâen parler, de faire le premier pas pour aller vers lâautre. Il faut ouvrir la conversation et ne pas faire comme si on nâavait rien vu. Tout le monde peut prendre soin de son voisin. Il convient donc dâĂȘtre attentif aux signaux dâalerte quâon pourrait dĂ©tecter chez un ami, un proche, un collĂšgue : du mal-ĂȘtre, un changement de comportement, des troubles du sommeil, une consommation anormale dâalcool, de lâisolement, des idĂ©es noiresâŠ
đïžCe soutien de l'entourage peut-il aider Ă aller mieux ?
A.C. Cela permet Ă la personne de prendre conscience de son mal-ĂȘtre, ce qui peut agir comme un dĂ©clic. Notamment parce que souvent, Ă partir dâun certain degrĂ©, les gens concernĂ©s sont convaincus quâils vont bien ou quâils peuvent faire face seuls, alors que ce nâest pas le cas. Quelquâun qui nous renvoie lâimpression que ça ne va pas, agit alors comme un rĂ©vĂ©lateur. Plus on va parler, moins on va avoir peur et moins on va avoir honte.
đïžYâa-t-il des progrĂšs dans la prise de conscience du mal-ĂȘtre ?
A.C. Des premiers pas bĂ©nĂ©fiques ont Ă©tĂ© faits mais il reste du chemin. Câest compliquĂ©, car on est dans une sociĂ©tĂ© de la performance, oĂč il faut ĂȘtre infaillible. Les gens nâaiment pas passer pour des ĂȘtres fragiles et vulnĂ©rables. Pourtant, plus on attend, plus ça risque dâempirer. Câest pourquoi il faut intervenir en prĂ©vention.
đïžOutre les proches, comment se faire aider ?
A.C. Il est vrai que tout le monde ne peut pas soigner et se transformer en psychologue ou en psychiatre. Cependant, lâaccĂšs aux soins nâest pas toujours simple, les gens peuvent rencontrer des difficultĂ©s Ă trouver un professionnel. Pour faire face, pour trouver une premiĂšre aide, les lignes dâĂ©coute sont une bonne solution. Il en existe plus de 160, que nous recensons sur le site Psycom. Elles sont ciblĂ©es selon les professions, les situations vĂ©cues⊠Câest un rĂ©el premier pas, trĂšs solide et qui peut beaucoup aider.
đïžLa sociĂ©tĂ© dans son ensemble a aussi un rĂŽle Ă jouerâŠ
A.C. Oui, la santĂ© mentale est un vrai sujet de sociĂ©tĂ©. Lâindividu ne peut pas sâen sortir seul. Il y a un dĂ©but de prise de conscience : certaines municipalitĂ©s ont intĂ©grĂ© la santĂ© dans leur plan dâaction, en luttant contre les nuisances sonores nocturnes par exemple. PrĂ©server le sommeil des citoyens, câest favoriser leur bien-ĂȘtre et donc leur santĂ© physique et mentale. Un plus grand accĂšs Ă la nature, avec le dĂ©veloppement de parcs et de jardins, est Ă©galement un pas vers plus de sĂ©rĂ©nitĂ©. Et cela aĂšre lâesprit. De mĂȘme lâaccĂšs au sport pour tous, car on sait que lâactivitĂ© physique a un effet bĂ©nĂ©fique sur notre santĂ© mentale. Les Ă©lus peuvent agir pour crĂ©er des environnements favorables Ă la santĂ© mentale.
đïžCette solidaritĂ© citoyenne, comment peut-elle se traduire ?
A.C. Tout ce qui favorise le lien social aura un impact bĂ©nĂ©fique sur la santĂ© mentale. Par exemple, cela peut se matĂ©rialiser par la mise en place de jardins partagĂ©s : le travail de la terre, le contact avec la nature sont autant dâĂ©lĂ©ments qui auront un impact bĂ©nĂ©fique sur la santĂ© mentale car ils permettent des rencontres et de crĂ©er du lien, de lutter contre lâisolement social et lâexclusion.
đïžLa solidaritĂ© est donc essentielle ?
A.C. Bien sĂ»r. Lâentraide et la solidaritĂ© permettront aux gens dâaller mieux. Les rĂ©ponses doivent ĂȘtre collectives. Tout le monde peut, et doit, apporter sa pierre Ă lâĂ©difice. Tout le monde est concernĂ© car on a tous une santĂ© mentale, comme physique.
đïžPour favoriser le rĂ©tablissement, il faut donc amĂ©liorer lâenvironnement global ?
A.C. Oui, ce nâest pas lâindividu qui est malade tout seul. Tout ce qui gravite autour conditionne un potentiel mal-ĂȘtre. Ăa dĂ©pend de beaucoup de facteurs : conditions de vie, de travail, niveau de revenu, accĂšs au logement, racisme, violence⊠Tout cela a un impact potentiel. Câest pour ça quâil ne suffit pas de dire « Prends soin de toi, fais du yoga » pour que ça aille mieux. La rĂ©ponse ne peut pas venir uniquement des individus, des soins psychiatriques ou de la solidaritĂ© des citoyens. Pour que lâimpact soit rĂ©ellement positif, il faut quâil y ait une vraie prise en compte dans les politiques publiques.
Stigmatisation : des outils de mesure existent
Comment savoir si l'on a dĂ©jĂ stigmatisĂ© une personne Ă la santĂ© mentale fragile ou si on l'a soi-mĂȘme Ă©tĂ© ?
GrĂące Ă une sĂ©rie d'outils, le comitĂ© dĂ©partemental dâĂ©ducation pour la santĂ© des Alpes-Maritimes apporte un premier niveau de rĂ©ponse.
Ainsi, lâĂ©chelle DISC met en lumiĂšre les discriminations positives ou nĂ©gatives quand lâoutil de mesure King permet entre autres de dĂ©celer la rĂ©ticence Ă parler librement de ses troubles psychiques, par crainte dâĂȘtre discriminĂ©. Dâautre part, lâĂ©chelle ISMI Ă©value le degrĂ© de discrimination vĂ©cue, le retrait social ou encore la capacitĂ© de rĂ©sistance.
Les outils de mesure de la stigmatisation et de lâauto-stigmatisation.
đĄ A connaĂźtre !
â Psycom, pour faire reculer les prĂ©jugĂ©s
Psycom est un organisme national d'information et de sensibilisation sur la santĂ© mentale. FormĂ©e en psychologie clinique, Ă©pidĂ©miologie et santĂ© publique, Aude Caria qui dirige Psycom, a dĂ©butĂ© sa carriĂšre Ă lâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS), oĂč elle a menĂ© des recherches en Ă©pidĂ©miologie psychiatrique et contribuĂ© Ă la mĂ©thodologie de lâenquĂȘte « SantĂ© mentale en population gĂ©nĂ©rale (SMPG) ». En 2003, elle a fondĂ© la premiĂšre Maison des usagers dans un Ă©tablissement psychiatrique (Centre Hospitalier Sainte-Anne, Paris), tout en dĂ©veloppant Psycom.
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