
🎙️ « Les adolescents d’aujourd’hui s’autorisent à exprimer leurs affects »
Published on November 19, 2025
L’adolescence n’est pas un long fleuve tranquille… Les crises – sanitaire, géopolitique, écologique – ainsi que l’usage des écrans et des réseaux sociaux ont ouvert les yeux sur la santé mentale des 15-25 ans. Les adolescents eux-mêmes prennent la parole, conscients qu’ils sont davantage écoutés. « Et c’est positif », se félicite Samuel Dock, docteur en psychopathologie clinique, psychologue clinicien et écrivain. Il donne quelques clés pour comprendre la souffrance adolescente et des pistes pour y faire face, ensemble.
➜ 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression.
➜ 21 % des collégiens et 27 % des lycéens déclarent un sentiment de solitude.
Source : Etude en CLASS 2022 - La Santé mentale et le bien-être des collèges et lycéens en France hexagonale, avril 2024.
🎙️ Que recouvre la notion de santé mentale chez l’adolescent ?
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Samuel Dock : C’est un sujet important et complexe. L’adolescence est un âge où on est saisi par toute une série de transformations physiologiques qui vont engager un bouleversement des représentations psychologiques. C’est l’expérience du deuil de l’enfance, du deuil de la loi des parents... Les changements hormonaux vont avoir un tel retentissement dans la vie mentale de l’adolescent qu’il sera beaucoup plus sensible aux transformations extérieures, c’est-à -dire dans la vie sociale et le monde qui l’entoure. |
🎙️Ce monde qui les entoure est déterminant pour le bien-être psychique des ados ?
S.D. Bien sûr ! Pour se construire, l’adolescent a besoin de s’adosser au monde social. Et dans notre époque postmoderne caractérisée par un repli individualiste, de nombreux adolescents peuvent se sentir éloignés les uns des autres et mis à mal par rapport à un lien social qui, dans les décennies précédentes, permettaient une forme d’échange, une identification et était un moyen de sortir de la solitude face à la détresse psychique. Il y a une évolution dans ce glissement par rapport aux générations précédentes.
🎙️La santé mentale de l’adolescent est devenue un sujet ?
S.D. Oui, on en parle plus aujourd’hui. Et c’est très encourageant car cela a permis de démocratiser un certain savoir et de faire évoluer nos représentations. L’évolution de la parentalité a aussi joué. Aujourd’hui, on entend plus la souffrance de l’adolescence, au risque parfois de lui faire porter beaucoup de choses. Les adolescents s’autorisent à divulguer leurs affects et c’est positif.
🎙️ On parle d’un avant/après le Covid-19 et ses confinements. Qu’en est-il ?
S.D. Je pense qu’il y a eu une prise de conscience davantage qu’un basculement. Même si ce moment a été difficile pour beaucoup de jeunes, je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu une aggravation des symptômes pathologiques. Je vais être un peu provocateur, mais il y a des parents qui ont découvert qu’ils avaient un enfant et cela a provoqué des choses… J’ajouterais que le confinement a eu des effets positifs sur les jeunes dans des problématiques borderline ou psychotiques, ils se sont sentis sécurisés et protégés. La question du repli, quant à elle, est générale.
🎙️L’usage des écrans est montré du doigt. À juste titre ?
S.D. Les écrans empêchent certains mécanismes identificatoires extrêmement précieux pour les adolescents. Ils les forcent à dialoguer à travers un avatar, c’est-à -dire une image d’eux-mêmes qu’ils présentent sur le monde social. Malheureusement, communiquer avec l’autre, c’est aussi un corps, ce qu’on montre de soi sans même s’en rendre compte. Et cela passe à la trappe, créant une véritable solitude. Les réseaux sociaux sont une fausse promesse de trouver une communauté d’adoption, ce qui est un enjeu majeur à l’adolescence. Trouver des appuis qui puissent se substituer à ceux de la famille permet d’endiguer un isolement lorsqu’on est face à soi-même et à ses fantasmes émergents.
🎙️Comment agir si je sens que mon adolescent est en souffrance ?
S.D. Il n’existe pas de formule car l’adolescence est une réactualisation vertigineuse de ce qu’aura été la relation jusque-là . Quand un adolescent a été sécurisé et sait que son parent sera présent en cas de difficultés, il dira de lui-même s’il va mal. Par ailleurs, les ados aujourd’hui, du fait de l’augmentation de la représentation de la culture psy dans les séries notamment, entrevoient qu’il existe des lieux où ils peuvent être écoutés sans être jugés.
Si le parent veut ouvrir le dialogue avec son enfant, je conseille de le faire en aparté, en dehors de la maison. Et de lui faire comprendre : “tu es autorisé à dire que tu vas mal, mais tu n’es pas obligé de le faire”. Quand on peut dire ça, c’est déjà à moitié gagné.
🎙️Quels sont les signes qui doivent inquiéter ?
S.D. Attention à ne pas voir comme pathologiques des changements qui sont naturels. Cependant, il y a des indices qui doivent alerter : une atteinte au corps (consommation de drogues, scarification, pratique sportive excessive…), une chute brutale des performances scolaires, une transformation soudaine des centres d’intérêt (associée à une inertie), des violences, l’isolement social.
🎙️Quelle aide peut apporter l’entourage ?
S.D. Essayer d’être un soutien sans imposer ce soutien. Si on y arrive, c’est merveilleux. Pour favoriser la qualité des échanges, plutôt que d’aborder la souffrance de façon frontale, le parent peut s’intéresser à ce qui intéresse son enfant, par exemple les séries qui ont beaucoup de succès chez les adolescents. La culture est utile pour aborder des sujets douloureux. Enfin : ne pas aller voir les conseils de parentalité sur internet ! Et se rappeler que la relation avec son enfant est unique, celle des autres ne doit servir ni de modèle, ni d’enseignement.
A lire đź“–
C’est entre les murs de son cabinet que Samuel Dock invite le lecteur dans son dernier ouvrage, Santé mentale, comment faire face. Accessible dès 15 ans, ce fascicule d’une trentaine de pages a l’originalité de s’adresser directement aux adolescents, le temps d’une consultation, pour répondre à toutes leurs questions. « J’avais vraiment envie que les adolescents se sentent considérés, respectés, et pas utilisés comme des arguments cliniques. Quand on parle d’eux et pas à eux, on risque l’instrumentalisation », explique l’auteur. Pour Samuel Dock, « la consultation est une odyssée qui permet de se rencontrer soi-même ». Plutôt engageant, non ?
A faire 📝Elle s’appelle MyMood, et c’est une plateforme numérique destinée aux adolescents et aux jeunes adultes lancée en 2025. Dédiée à la prévention, à l’évaluation et à l’orientation en santé mentale pour les 15-25 ans, MyMood propose une multitude de contenus. Objectif : aider chacune et chacun à s’informer et, si nécessaire, à accéder à des ressources pour aller mieux.
Vous y trouverez notamment :
Développé par la Fondation Fondamental, ce hub de ressources est encadré par un comité scientifique.
Voir la plateforme ➡️ MyMood
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